Propriété Intellectuelle : l'expression que les libristes ne veulent pas voir.

Suite à mon dernier article et à une discussion avec un ami, j'ai découvert que le site gnu.org avait une liste de mots et d'expressions déconseillées à l'emploi pour des raisons de communication.

Dans mon article en question, je définis les libristes comme des producteurs de propriété intellectuelle, je ne le fait pas pour les offenser, mais pour me placer dans un contexte bien particulier : celui du droit, de la loi et au regard du Libre, celui d'une certaine validité factuelle (le Libre se reposant sur les licences qui sont, rappelons-le, des outils juridiques).
Or l'ami en question me faisait remarquer que définir les libristes comme des producteurs de propriété intellectuelle était d'une certaine manière un gros trollage car les libristes travaillent à l'abolition de la propriété intellectuelle et donc que l'emploi de cette expression dans mon texte était au mieux risqué, au pire grossier et malhabile.

Je vais donc expliquer dans cet article pourquoi je pense que l'expression « propriété intellectuelle » peut être utilisée et même ne pas souhaiter son abolition, tout en étant un libriste tout à fait respectable.
De fait ma propre conception du Libre n'est de toute évidence pas la même que celle des libristes rechignant devant la propriété intellectuelle.

Selon la FSF : Les éditeurs et les juristes aiment assimiler le copyright à la « propriété intellectuelle » – un terme qui inclut aussi les brevets, les marques déposées et d'autres domaines plus obscurs du droit. Ces lois ont si peu de choses en commun, et diffèrent tant, qu'il serait malavisé de faire des généralisations. Il est beaucoup mieux de parler spécifiquement de « copyright », de « brevets » ou de « marques déposées ».

L'utilisation du terme « propriété intellectuelle » serait donc déconseillée pour éviter un amalgame fait entre les différentes lois qui touchent à la propriété intellectuelle et qui desservent le Libre en l'entraînant dans une lutte contre le copyright plutôt que comme une lutte pour montrer le non-sens qu'est aujourd'hui le copyright. Car le Libre n'est pas une alternative, c'est une meilleur manière de faire les choses.
C'est un argument qu'à l'heure d'aujourd'hui j'appelle : prendre les gens pour des cons.
En effet : avec quelques années d'Hadopi, de lois liberticides et pro-copyright, je pense qu'avec une minute de pédagogie il est possible d'expliquer que la propriété intellectuelle n'est pas la même chose que le copyright ou les brevets.

Selon la FSF :Le terme « propriété intellectuelle » contient un postulat caché : que la façon naturelle de penser à ces divers problèmes est basée sur une analogie avec les objets physiques, et avec la façon dont nous envisageons ces derniers comme étant notre propriété.
Quand il s'agit de copie, cette analogie néglige la différence cruciale entre les objets matériels et l'information : l'information peut être copiée et partagée presque sans effort, alors que ce n'est pas possible avec les objets matériels.
Pour éviter de propager le parti pris et la confusion, il est préférable d'adopter fermement l'attitude de ne pas parler ni même penser en termes de « propriété intellectuelle ».

Cet argument est daté, car il est maintenant reconnut que les objets réels contiennent de la propriété intellectuelle qui devrait être libre.
C'est d'ailleurs pour ça que l'on possède deux expressions : « Propriété » qui s'attache au fait de posséder un objet et la « Propriété Intellectuelle » qui est la ou les propriétés, de cet objet, que je peux partager (sous copyleft ou copyright par exemple).

De fait quand on utilise un logiciel libre, on peut dire « je possède ce logiciel », mais cela ne nous empêche pas de pouvoir le partager. Bien sûr pour plus de clarté on peut se contenter de dire qu'on utilise ce logiciel.
Mais là où cette question fait sens c'est si je parle d'un album de musique sur cd. Je peux dire « je possède tel album sur cd » et si cette album est libre, je peux donc dire « Je peux partager la musique de ce cd ». J'utilise la « Propriété » pour dire que j'ai l'objet, et j'utilise la « Propriété Intellectuelle » pour dire ce que je peux faire avec.

L'origine du point de vue de la FSF sur la notion de « Propriété Intellectuelle » est historiquement très valable, et je pense que dans nombre de cas elle reste valable (devant des gens qui ne connaissent rien à l'informatique, à internet, aux ordinateurs, au droit ou qui sont particulièrement pointilleux sur la question de la propriété).
Mais dans le cas de discussions inter-libriste c'est un point de vue qui n'est pas adéquat. Pourquoi ? Car la question n'est pas aujourd'hui de marquer la singularité du logiciel (ça on connaît), mais de rassembler des pratiques libristes disparates (entre gros tout le monde fait des trucs cool dans son coin en étant, de fait, en accointance, mais personne n'est véritablement en interaction).
Et rassembler les pratiques libristes ça n'est pas vraiment le point fort de la FSF (comme le montre l'article « 
Financer l'art vs financer le logiciel »), qui considère déjà que certaines choses ne devraient pas être libre. Et oui, vous musiciens, ou artistes en tout genres vous n'avez pas le droit de jouer dans la même cours que les développeurs sachez-le !

Ceux qui ont lu un peu mes quelques articles se sont rendus compte que je ne suis pas un développeur et que je m'intéresse à l'inclusion de l'Art dans le Libre, car je pense que les problématiques libristes sont aussi celle d'une manière nouvelle de faire de l'Art.
D'où la nécessiter d'être dans une démarche de rassemblement des pratiques libristes plutôt que de vouloir ranger les logiciels dans une case de préférence facile d'utilisation, car vous le savez les développeurs sont de grands feignants qui aiment se simplifier la vie (ce n'est pas une critique mais un constat, je précise au cas où). Et de ranger les artistes dans une autre où les pratiques continueront à être capricieusement foutraques, car vous comprenez c'est de l'art.
Alors qu'existent des moyens pour que tout le monde y trouve son compte.

Attention j'utilise le mot fourre-tout « Rassemblement », ce n'est pas dans une démarche politicarde pour vous faire adhérer à ce que je dis. Mais dans le cadre de rendre factuel le partage éthique, économique et politique, inhérent à la philosophie du Libre (ou en tout cas à une certaine idée de cette philosophie vu que c'est de ça qu'on parle).

Vous l'avez compris, je suis contre la singularisation de l'Art qui dure depuis la Renaissance, alors que le Libre permet de mettre l'Art et l'Outil au même niveau de considération.
En revanche il n'y a pas toute la Renaissance à jeter à la poubelle, car c'est la paternité qui fait l'Art (à travers ce que je définirai maladroitement comme de l'éthique) et il n'y a pas de raison pour que cela ne fasse pas l'Outil également. C'est pour cela que la question du Domaine Public est aussi crucial et à ne pas prendre à la légère.